Le
malabar posté à l'entrée filtrait les arrivants. C'était un
chouette métier qui lui permettait de se consacrer à sa collection
de timbres. Il en avait de tous les pays, des récents mais aussi de
très anciens. Que de beaux voyages, que de belles visites, que de
rêves à travers cette fabuleuse collection ! Cependant, les
voyages par timbres interposés ne lui suffisent plus. Demain, se
dit-il je regarderai l'avenir en face comme ça j'aurai le présent
dans le rétroviseur. Et si cela ne donne rien, je saurai qu'il sera
désormais temps de jouer mon valet de pique pour jouir enfin de ma
liberté, changer de monde, être seul dans le silence, me perdre
dans la nature... pourquoi pas en Sibérie ? Je ne crains pas le
froid... L'aventure me tente mais comment annoncer çà à Irène,
ma femme et aux enfants ?
Au quatrième top, il sera
précisément le moment où je partirai. Ne retiens pas l'aiguille
de l'horloge... Il aimerait pouvoir lui dire cela comme dans les
films qu'elle regarde à longueur de journée et alors ...cette
dernière phrase sera aussi la première d'une autre vie, une vie
sans contraintes, une vie sans justification, une vie... la VIE quoi
!! Mais le bonheur sera-t-il vraiment au rendez-vous loin des
enfants, loin de ce que j'ai, de ce que nous avons construit... pour
un futur d'éternité ?! Tempête sous un crâne !! Partagé entre
l'envie folle de tout quitter et le "devoir" de rester...
Ah, qu'il serait bien de ne pas avoir de conscience, de suivre son
chemin sans se soucier de l'après, de tenter l'expérience sans se
retourner... Grave dilemme - partir rester partir... Aucune
alternative ou peut-être... ?
"Debout
les campeurs et hauts les cœurs. N'oubliez pas vos bottes parce que
cela caille aujourd'hui..." C'est ce qu'entend Bill Murray tous
les matins dans "un jour sans fin" le film culte de ma
femme...j'entrevois toutes les possibilités offertes par une telle
situation : être pris au piège d'un espace temporel me permettant
de tester le je pars ou le je reste mais voilà'..
Je
me suis levé euphorique, ce matin ! Plus une seconde à perdre, JE
PARS !! Je pars vers mon destin, je pars vers la VIE, je pars,
laissant derrière moi toutes les entraves, tous les scrupules, tout
ce qui me paraissait m'empêcher de partir ?! Oui, je pars vers des
horizons nouveaux, le monde tournera sans moi ici. Mon esprit lui
est déjà parti. Aurevoir...
Au
revoir : surtout pas. Mademoiselle Élise, mon institutrice de
primaire m'avait appris que la locution aurevoir
était la contraction de adieu jusqu’au revoir...
Adieu, un mot trop fort et puis la sirène retentit dans la calme ville de Morne city me rappelant qu'il était l'heure de rentrer.
Adieu, un mot trop fort et puis la sirène retentit dans la calme ville de Morne city me rappelant qu'il était l'heure de rentrer.
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