Connaissez-vous
la poésie d’Andrée Chedid (1920-2011), mère et grand-mère de
Louis et Matthieu - dit "M" - Chedid ?
Absente
de la plupart des anthologies poétiques, elle est surtout cantonnée
aux recueils de poésie féminine ou au secteur scolaire. Pourtant,
sa poésie simple et puissante, toujours en quête du mystère de la
vie, veut donner un sens à l’aventure humaine par le partage ;
sortir de "notre étroite peau", s’ouvrir à la
résonnance du monde. Précise, bien rythmée, cette poésie
s’adresse à tous comme une parole amie : "Le
dénué d’amour trace partout des cercles dont le centre n’est
pas."
NB :
Il existe une étude sur A. Chedid, par Jacques Izoard, dans la
collection "Poètes d’aujourd’hui" chez
Seghers.
Sur
You Tube, vous pouvez entendre A. Chedid lire ses poèmes.
Quelques poèmes d'Andrée Chedid :
SAISIR
Recueillir
le grain des heures
Étreindre l’étincelle
Ravir un paysage
Absorber l’hiver avec le rire
Dissoudre les nœuds du chagrin
S’imprégner d’un visage
Moissonner à voix basse
Flamber pour un mot tendre
Embrasser la ville et ses reflux
Écouter l’océan en toutes choses
Entendre les sierras du silence
Transcrire la mémoire des miséricordieux
Relire un poème qui avive
Saisir chaque maillon d’amitié.
Étreindre l’étincelle
Ravir un paysage
Absorber l’hiver avec le rire
Dissoudre les nœuds du chagrin
S’imprégner d’un visage
Moissonner à voix basse
Flamber pour un mot tendre
Embrasser la ville et ses reflux
Écouter l’océan en toutes choses
Entendre les sierras du silence
Transcrire la mémoire des miséricordieux
Relire un poème qui avive
Saisir chaque maillon d’amitié.
Au
cœur de l’espace
Le Chant
Le Chant
Au
cœur du chant
Le Souffle
Le Souffle
Au
cœur du souffle
Le Silence
Le Silence
Au
cœur du silence
L’Espoir
L’Espoir
Au
cœur de l’espoir
L’Autre
L’Autre
Au
cœur de l’autre
L’Amour
L’Amour
Au
cœur du cœur
Le Cœur.
Le Cœur.
VERS
QUOI ?
Vers
quel édifice
Toutes ces fondations ?
Toutes ces fondations ?
Vers
quelle destination
Toutes ces poursuites ?
Toutes ces poursuites ?
Vers
quelle cible
Toutes ces flèches ?
Toutes ces flèches ?
Vers
quelle durée
Tous ces instants ?
Tous ces instants ?
Vers
quel mirage
Nos cheminements ?
Nos cheminements ?
SŒURS
ENNEMIES
La
femme à la langue vitrifiée
lasse d’égrener l’exil
lasse d’égrener l’exil
La
femme à la langue scellée
lasse d’annoncer les ghettos
Surprennent dans l’œil de leurs fils
l’aiguillon de la haine
et les fièvres du talion
lasse d’annoncer les ghettos
Surprennent dans l’œil de leurs fils
l’aiguillon de la haine
et les fièvres du talion
Pourtant
dans la sagesse de leur sang millénaire
dans l’assurance d’un sang pour vivre
dans les promesses d’un sang d’avenir
S’ébranle le fleuve des alliances
Se modèle la barque qui portera
tous leurs enfants.
dans la sagesse de leur sang millénaire
dans l’assurance d’un sang pour vivre
dans les promesses d’un sang d’avenir
S’ébranle le fleuve des alliances
Se modèle la barque qui portera
tous leurs enfants.
Dans
le silence d’elles-mêmes
A l’écoute d’un même sang
où s’abreuvent mêmes racines
A l’écoute d’un même sang
où s’abreuvent mêmes racines
Elles
vont elles iront
dans le futur qu’elles portent
Ces femmes des deux frontières
au présent martelé.
dans le futur qu’elles portent
Ces femmes des deux frontières
au présent martelé.
L’AUTRE
"Je est un autre." Arthur R.
À
force de m’écrire
Je me découvre un peu
Je recherche l’Autre
Je me découvre un peu
Je recherche l’Autre
J’aperçois
au loin
La femme que j’ai été
Je discerne ses gestes
Je glisse sur ses défauts
Je pénètre à l’intérieur
D’une conscience évanouie
J’explore son regard
Comme ses nuits
La femme que j’ai été
Je discerne ses gestes
Je glisse sur ses défauts
Je pénètre à l’intérieur
D’une conscience évanouie
J’explore son regard
Comme ses nuits
Je
dépiste et dénude un ciel
Sans réponse et sans voix
Je parcours d’autres domaines
J’invente mon langage
Et m’évade en Poésie
Sans réponse et sans voix
Je parcours d’autres domaines
J’invente mon langage
Et m’évade en Poésie
Retombée
sur ma Terre
J’y répète à voix basse
Inventions et souvenirs
J’y répète à voix basse
Inventions et souvenirs
À
force de m’écrire
Je me découvre un peu
Et je retrouve l’Autre.
Je me découvre un peu
Et je retrouve l’Autre.
La 2ème poésie va bien pour la St Valentin.
RépondreSupprimerMerci , Battine de toujours dèfendre la pésie ... grosses bises.ad.
RépondreSupprimerJ'ai été à bonne école. Battine.
RépondreSupprimerChantier du poème
Supprimerde Andrée Chedid
L'arrivée du poème est multiple.
La plupart du temps, il progresse comme une vague qui déroule sa turbulence d'images et de mots.
Il s'organise parfois autour d'un mot clef.
Mot-noyau, tombant dru, bousculant le vocabulaire pour se chercher plus loin.
Mais plus encore : soulèvement du dedans; mouvement en quête de ses rythmes, de sa forme-paroles
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Les analogies affluent, les images se chevauchent.
Je les accepte, je les inscris, en vrac.
Les mots viennent dans une sorte de tohu-bohu, à l'intérieur duquel - plus tard, je le sais -, je découvrirai mon pain, mon eau; et comme une direction.
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Souvent, très souvent, presque malgré moi, je me trouve en face des mêmes thèmes.
Balancement des contraires : obscur-clair, horreurs-beauté, grisaille-souffles, puits-ailes, dedans-dehors, chant et contre-chant.
Double-pays, en apparence; mais que la vie brasse, ensemble, inépuisablement
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J'aime que le mot soit rétif.
Mot sur lequel on bute, et sans lequel le poème ne tiendrait pas.
J'aime le traquer ce mot, partout : dans la vie courante, dans d'autres textes, dans le journal, sur une affiche, dans le métro...
Soudain, il tombe comme un fruit mûr sur un sol en attente; ou se laisse capturer, comme l'oiseau, dans les filets patiemment tendus.
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Ce mot que l'on sent juste (qui sonne juste, je lis haut pour l'oreille) fait que l'on peut quitter le poème, en repos.
On s'éloigne, libre; pour renaître, haletant, devant le texte à venir.
Rien de moins abstrait, de moins factice, que cette préoccupation.
Le corps, la circulation sanguine, la respiration s'en ressentent.
La poésie, par moments, nous grefferait-elle à la totalité, à l'ouvert?
A la vraie vie?