mardi 14 février 2017

Autour de la poésie... (envoi de Battine)

Connaissez-vous la poésie d’Andrée Chedid (1920-2011), mère et grand-mère de Louis et Matthieu - dit "M" - Chedid ?

Absente de la plupart des anthologies poétiques, elle est surtout cantonnée aux recueils de poésie féminine ou au secteur scolaire. Pourtant, sa poésie simple et puissante, toujours en quête du mystère de la vie, veut donner un sens à l’aventure humaine par le partage ; sortir de "notre étroite peau", s’ouvrir à la résonnance du monde. Précise, bien rythmée, cette poésie s’adresse à tous comme une parole amie : "Le dénué d’amour trace partout des cercles dont le centre n’est pas."

NB : Il existe une étude sur A. Chedid, par Jacques Izoard, dans la collection "Poètes d’aujourd’hui" chez Seghers.
Sur You Tube, vous pouvez entendre A. Chedid lire ses poèmes.

Quelques poèmes d'Andrée Chedid :

SAISIR
 Recueillir le grain des heures
Étreindre l’étincelle
Ravir un paysage
Absorber l’hiver avec le rire
Dissoudre les nœuds du chagrin
S’imprégner d’un visage
Moissonner à voix basse
Flamber pour un mot tendre
Embrasser la ville et ses reflux
Écouter l’océan en toutes choses
Entendre les sierras du silence
Transcrire la mémoire des miséricordieux
Relire un poème qui avive
Saisir chaque maillon d’amitié.

AU CŒUR DU CŒUR
Au cœur de l’espace
Le Chant
Au cœur du chant
Le Souffle
Au cœur du souffle
Le Silence
Au cœur du silence
L’Espoir
Au cœur de l’espoir
L’Autre
Au cœur de l’autre
L’Amour
Au cœur du cœur
Le Cœur.

VERS QUOI ?
Vers quel édifice
Toutes ces fondations ?
Vers quelle destination
Toutes ces poursuites ?
Vers quelle cible
Toutes ces flèches ?
Vers quelle durée
Tous ces instants ?
Vers quel mirage
Nos cheminements ?

SŒURS ENNEMIES
La femme à la langue vitrifiée
lasse d’égrener l’exil
La femme à la langue scellée
lasse d’annoncer les ghettos
Surprennent dans l’œil de leurs fils
l’aiguillon de la haine
et les fièvres du talion
Pourtant
dans la sagesse de leur sang millénaire
dans l’assurance d’un sang pour vivre
dans les promesses d’un sang d’avenir
S’ébranle le fleuve des alliances
Se modèle la barque qui portera
tous leurs enfants.
Dans le silence d’elles-mêmes
A l’écoute d’un même sang
où s’abreuvent mêmes racines
Elles vont elles iront
dans le futur qu’elles portent
Ces femmes des deux frontières
au présent martelé.

L’AUTRE
"Je est un autre." Arthur R.
À force de m’écrire
Je me découvre un peu
Je recherche l’Autre
J’aperçois au loin
La femme que j’ai été
Je discerne ses gestes
Je glisse sur ses défauts
Je pénètre à l’intérieur
D’une conscience évanouie
J’explore son regard
Comme ses nuits
Je dépiste et dénude un ciel
Sans réponse et sans voix
Je parcours d’autres domaines
J’invente mon langage
Et m’évade en Poésie
Retombée sur ma Terre
J’y répète à voix basse
Inventions et souvenirs
À force de m’écrire
Je me découvre un peu
Et je retrouve l’Autre.

4 commentaires:

  1. La 2ème poésie va bien pour la St Valentin.

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  2. Merci , Battine de toujours dèfendre la pésie ... grosses bises.ad.

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  3. J'ai été à bonne école. Battine.

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    Réponses
    1. Chantier du poème

      de Andrée Chedid

      L'arrivée du poème est multiple.
      La plupart du temps, il progresse comme une vague qui déroule sa turbulence d'images et de mots.
      Il s'organise parfois autour d'un mot clef.
      Mot-noyau, tombant dru, bousculant le vocabulaire pour se chercher plus loin.
      Mais plus encore : soulèvement du dedans; mouvement en quête de ses rythmes, de sa forme-paroles
      ……………………………………………………………………………………………

      Les analogies affluent, les images se chevauchent.
      Je les accepte, je les inscris, en vrac.
      Les mots viennent dans une sorte de tohu-bohu, à l'intérieur duquel - plus tard, je le sais -, je découvrirai mon pain, mon eau; et comme une direction.
      …………………………………………………………………………………………….
      Souvent, très souvent, presque malgré moi, je me trouve en face des mêmes thèmes.
      Balancement des contraires : obscur-clair, horreurs-beauté, grisaille-souffles, puits-ailes, dedans-dehors, chant et contre-chant.
      Double-pays, en apparence; mais que la vie brasse, ensemble, inépuisablement
      ……………………………………………………………………………………………
      J'aime que le mot soit rétif.
      Mot sur lequel on bute, et sans lequel le poème ne tiendrait pas.
      J'aime le traquer ce mot, partout : dans la vie courante, dans d'autres textes, dans le journal, sur une affiche, dans le métro...
      Soudain, il tombe comme un fruit mûr sur un sol en attente; ou se laisse capturer, comme l'oiseau, dans les filets patiemment tendus.
      ………………………………………………………………………………………………
      Ce mot que l'on sent juste (qui sonne juste, je lis haut pour l'oreille) fait que l'on peut quitter le poème, en repos.
      On s'éloigne, libre; pour renaître, haletant, devant le texte à venir.

      Rien de moins abstrait, de moins factice, que cette préoccupation.
      Le corps, la circulation sanguine, la respiration s'en ressentent.

      La poésie, par moments, nous grefferait-elle à la totalité, à l'ouvert?
      A la vraie vie?




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