Lundi
de Pâques à Ortale, Tempi fa.
La richesse de la langue corse offre cinq noms au grand-père, deux au chien et une dizaine aux gâteaux de Pâques.(1)
Cacavellu ou campanile, si beau avec ses œufs gaiement colorés, personne n'a osé manger celui qui a sa place au Musée d'Ethnographie de Bastia, les enfants d'Ortale étaient autrefois plus gourmands et n'en auraient laissé miettes !
Plusieurs familles de Rutali, propriétaires exploitants agricoles ou bergers, passaient l'hiver et une partie du printemps dans la tiédeur de ce petit hameau.
Des la fin du mois de Janvier, la fragile floraison des amandiers parait ses vieux murs d'une grâce nouvelle, il flottait dans l'air un léger et subtil parfum d'amande amère.
Ortale, qui a fort heureusement connu ces dernières années une extraordinaire extension, a longtemps fêté Pâques le lundi.
La Semaine Sainte, du jeudi au samedi, Ghjulia Francesca, Celestina, Santina, Vincenza, Lisetta, Pepetta, Ghjulia et d'autres que je n'oublie pas, cuisaient en s'entraidant, dans le vieux four du chanoine Petru Rutali chauffé de bruyère et de genêt, balayé de ciste, le savoureux pain villageois, les canistrelli aux œufs ou au vin blanc coupé d'eau-de-vie, les campanili que les enfants emportaient à la messe, passés à leurs bras, et, en dernier, les fiadoni, point d'orgue du déjeuner pascal.
Carême obligeant, nous goutions à peine à ces douceurs réservées, la soupe de pois chiches parfumée de romarin le jeudi, la morue ou le mulet "in Agliottu" du Vendredi Saint, de simples beignets de farine de châtaigne faisaient l'ordinaire de ce temps.
Tout ou presque se trouvait sur place pour le repas de fête : Stefanu et Salvatore "U Rossu" avaient les plus tendres agneaux, Anghjulu Santu et Ghjuvan Vitu les plus beaux cabris. On n'aurait su à qui décerner la palme du brocciu le plus délicat.
Les terres fertiles d'Ortale, qui portait bien son nom, produisaient en abondance artichauts, fèves, petits pois, pommes de terre nouvelles, tendres salades.........
Ange Pighini (Tonton Ange) Francescucciu Tristani, Anton Battistu Paoletti, Agustinu Perfetti, Grand-Père secondé par Pirone, étaient aussi bons maraîchers qu'habiles vignerons. Leurs vins capiteux, titrant facilement treize degrés, faisaient merveille sur les fraises primeurs de Madame Perfetti.
Les cœurs étaient purs, et, de ce fait, les confessions quelque peu écourtées, quelquefois vite "expédiées" juste avant la messe de dix heures.....
La chapelle Santa Catalina était trop petite pour l'assemblée fervente et recueillie, parmi laquelle des parents et des amis venus de Rutali, de Biguglia, de Borgo, et même de Bastia, qui débordait sur la placette alors ombragée d'oliviers et d'eucalyptus multi-centenaires.
La messe dite, notre curé, Jean-Thomas Flori, suivi des enfants de chœur en surplis, s'en allait bénir les maisons astiquées de la cave au grenier. Il était reçu partout comme le Bon Dieu qu'il représentait. Sur chaque table étaient disposés avec le pain l'eau et le sel, des œufs, du vin et des gâteaux.
(1) Paul Arrighi "Histoire de la Corse" Privat éditeur.
La richesse de la langue corse offre cinq noms au grand-père, deux au chien et une dizaine aux gâteaux de Pâques.(1)
Cacavellu ou campanile, si beau avec ses œufs gaiement colorés, personne n'a osé manger celui qui a sa place au Musée d'Ethnographie de Bastia, les enfants d'Ortale étaient autrefois plus gourmands et n'en auraient laissé miettes !
Plusieurs familles de Rutali, propriétaires exploitants agricoles ou bergers, passaient l'hiver et une partie du printemps dans la tiédeur de ce petit hameau.
Des la fin du mois de Janvier, la fragile floraison des amandiers parait ses vieux murs d'une grâce nouvelle, il flottait dans l'air un léger et subtil parfum d'amande amère.
Ortale, qui a fort heureusement connu ces dernières années une extraordinaire extension, a longtemps fêté Pâques le lundi.
La Semaine Sainte, du jeudi au samedi, Ghjulia Francesca, Celestina, Santina, Vincenza, Lisetta, Pepetta, Ghjulia et d'autres que je n'oublie pas, cuisaient en s'entraidant, dans le vieux four du chanoine Petru Rutali chauffé de bruyère et de genêt, balayé de ciste, le savoureux pain villageois, les canistrelli aux œufs ou au vin blanc coupé d'eau-de-vie, les campanili que les enfants emportaient à la messe, passés à leurs bras, et, en dernier, les fiadoni, point d'orgue du déjeuner pascal.
Carême obligeant, nous goutions à peine à ces douceurs réservées, la soupe de pois chiches parfumée de romarin le jeudi, la morue ou le mulet "in Agliottu" du Vendredi Saint, de simples beignets de farine de châtaigne faisaient l'ordinaire de ce temps.
Tout ou presque se trouvait sur place pour le repas de fête : Stefanu et Salvatore "U Rossu" avaient les plus tendres agneaux, Anghjulu Santu et Ghjuvan Vitu les plus beaux cabris. On n'aurait su à qui décerner la palme du brocciu le plus délicat.
Les terres fertiles d'Ortale, qui portait bien son nom, produisaient en abondance artichauts, fèves, petits pois, pommes de terre nouvelles, tendres salades.........
Ange Pighini (Tonton Ange) Francescucciu Tristani, Anton Battistu Paoletti, Agustinu Perfetti, Grand-Père secondé par Pirone, étaient aussi bons maraîchers qu'habiles vignerons. Leurs vins capiteux, titrant facilement treize degrés, faisaient merveille sur les fraises primeurs de Madame Perfetti.
Les cœurs étaient purs, et, de ce fait, les confessions quelque peu écourtées, quelquefois vite "expédiées" juste avant la messe de dix heures.....
La chapelle Santa Catalina était trop petite pour l'assemblée fervente et recueillie, parmi laquelle des parents et des amis venus de Rutali, de Biguglia, de Borgo, et même de Bastia, qui débordait sur la placette alors ombragée d'oliviers et d'eucalyptus multi-centenaires.
La messe dite, notre curé, Jean-Thomas Flori, suivi des enfants de chœur en surplis, s'en allait bénir les maisons astiquées de la cave au grenier. Il était reçu partout comme le Bon Dieu qu'il représentait. Sur chaque table étaient disposés avec le pain l'eau et le sel, des œufs, du vin et des gâteaux.
(1) Paul Arrighi "Histoire de la Corse" Privat éditeur.
Merci pour cette belle évocation. J'ai aussi souvenir du Lundi de Pâques dans le jardin de mon grand-père à Ortale.
RépondreSupprimerPrécieux témoignage pour les nouvelles générations qui n'ont pas connu ce temps béni.
RépondreSupprimerMagnificu racontu.
RépondreSupprimerLouis
c'était bien avant et maintenant c'est pas bien hein
RépondreSupprimerNi bien ni pas bien,juste se souvenir de belles choses ,les raconter joliment avec le souci,me semble -t'il,grâce à une mémoire fidèle,de rendre hommage à tous et de n'oublier personne.J-PR.
RépondreSupprimerJe vous parle d'un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaitre !!! ainsi disait Charles Aznavour
RépondreSupprimerQue de souvenirs remontent à la lecture du beau texte d'Ysus! Le lundi de Pâques! Quelle aventure pour nous, les enfants qui ne quittions jamais le village. Nous allions prendre le car pour descendre à Ortale vêtus de nos habits printaniers inaugurés la veille. Passer toute une journée ailleurs . Pour nous , chez Zia Pèpè, ma marraine Catherine, notre cousin Sylvé; et pour moi, en particulier, vagabonder dans les jardins autour du hameau avec mes amies Line et Francine Bévéraggi que je ne voyais que l'été .Vivre quelques heures de liberté loin des parents, se régaler de canestrelli, fiadone, fritelle....Ah! Quelle merveilleuse journée que ce lundi de Pâques! Battine.
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