Après
avoir salué signora Vittoria, Maria s'en alla rejoindre, sous le
four, son amie Dorotea qui avait pétri tôt le matin ; la pâte
avait déjà bien levé. Filice avait filé comme une flèche en
direction de l'écurie où l'attendaient Pirone et ses amis les
chevaux. Maria recouvrit d'une toile la longue planche de châtaignier
habituelle et la saupoudra de farine puis elle commença de prélever
la pâte qu'elle façonna en boules, les plus régulières possible,
à vista d'ochju, et les disposa, au fur et à mesure, sur la planche où, recouvertes
d'un linge immaculé, elles devaient encore lever le temps que le
four soit prêt. On n'avait pas lésiné sur la quantité des fagots
: carchi di muchju
( ciste ) di scopa, (bruyère) di corie (genêts) et du bois
d'arbousier pour monter la chauffe. Maria, vive et décidée,
gouverna son feu sans répit, le maîtrisa jusqu'à la meilleure
température de cuisson. Les fers qui supportent la trappe d'entrée
rougissaient, elle devait, sans tarder, balayer les cendres avec des
touffes de ciste vert fixées sur une longue perche "a mundulaghja". Vient
enfin le temps d'enfourner. Les boules de pâte se dédoublent,
coupées de biais, il faut vite, très vite, les mettre sur la pala de bois et les glisser délicatement sur la sole, recommencer
inlassablement. Le four est fermé, déjà une merveilleuse odeur se
répand, Maria en oublie sa fatigue, heureusement car sa journée
n'est pas terminée.
Les
pains dorés sont posés sur des claies, le four est encore très chaud
mais tempéré, la cuisson idéale pour les canistrelli et les
délicats fiadoni, gâteaux préférés de signora Vittoria. Dorotea,
revenue, ne laisse jamais rien brûler, ni même trop cuire.

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