3ème extrait
1876.
Camille qui, à 13 ans, est une superbe adolescente à la chevelure
de flamme, aux magnifiques yeux bleu foncé lui donnant un regard
intense, souvent évoqués plus tard dans le théâtre de Paul
Claudel, découvre la ville de Nogent-sur-Seine, nouvelle affectation
de leur père, en compagnie de son petit frère à l’allure pataude
qu’elle tient par la main. Le frère et la sœur sont maintenant
unis par des liens privilégiés, qui se renforcent au fil des jours,
tandis que Louise s’abrite sagement derrière ses gammes,
satisfaisant ainsi la mère, qui lui manifestera toujours sa
préférence, sans toutefois lui prodiguer beaucoup de marques de
tendresse. C’est Camille qui apprend à lire à Paul. C’est elle
qui lui recommande ses premières lectures, puisées dans la grande
bibliothèque familiale très éclectique, qui éveilleront sans
doute la sensibilité littéraire de son frère, agrémentant en tous
cas ses rêves, très tôt suivis par des écrits. On peut affirmer
que la vocation de ces deux êtres si doués s’éveille dès
l’adolescence.
"La Pensée"_1888
(Camille par Auguste RODIN)
Musée d'Orsay, Paris.
Il ne reste hélas des œuvres enfantines de Camille que leur nom, un "César" et un "Napoléon", ainsi qu’ une esquisse représentant David et Goliath, que décrit précisément le journaliste Mathias Morhardt, admirateur fervent de l’artiste, devenu son biographe de son vivant, avançant que Camille l’aurait modelé dès sa douzième année : ce qu’il voit des vestiges de cette œuvre révèle "une fougue indomptable", à une époque où la jeune artiste n’a "pris encore aucune leçon, soit de dessin, soit de modelage" et n’a "d’autre idée sur le nu que celle que lui fournissait son écorché et quelques gravures de livres anciens". Toutefois, il semble que l’on puisse lui attribuer un "Bismarck" en terre crue et une "Diane" en plâtre, même si ces œuvres ne sont pas signées.
Peut-être le puissant imaginaire de ces enfants leur permet-il de prendre du recul par rapport à une vie familiale sans joie, et même de s’en évader. Ils essaient avec opiniâtreté de mettre du sel dans leur existence, vide d’amour maternel. Paul Claudel dira d’ailleurs plus tard de cette époque : "J’ai compris très tôt que la vie était un drame".
Pour l’heure, la famille se retrouve donc à Nogent, au hasard des multiples mutations du père Louis Prospère Claudel, fonctionnaire conservateur des hypothèques, taciturne, bourru mais manifestement soucieux de l’éducation de cette nichée peu ordinaire ; ainsi ces enfants vont avoir un précepteur à domicile, Monsieur Colin.
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