Stances
à Marquise
Marquise, si mon visage
A quelques
traits un peu vieux,
Souvenez-vous qu’à mon âge
Vous ne
vaudrez guère mieux.
Le
temps aux plus belles choses
Se plaît à faire un affront,
Et
saura faner vos roses
Comme il a ridé mon front.
Le
même cours des planètes
Règle nos jours et nos nuits :
On
m’a vu ce que vous êtes ;
Vous serez ce que je
suis.
Cependant j’ai quelques charmes
Qui sont assez
éclatants
Pour n’avoir pas trop d’alarmes
De ces ravages
du temps.
Vous en avez qu’on adore ;
Mais ceux que
vous méprisez
Pourraient bien durer encore
Quand ceux-là
seront usés.
Ils pourront sauver la gloire
Des yeux qui me
semblent doux,
Et dans mille ans faire croire
Ce qu’il me
plaira de vous.
Chez cette race nouvelle
Où j’aurai
quelque crédit,
Vous ne passerez pour belle
Qu’autant que je
l’aurai dit.
Pensez y, belle Marquise.
Quoiqu’un
grison (1) fasse effroi,
Il vaut bien qu’on le courtise,
Quand
il est fait comme moi.
Pierre Corneille (1658)
(1). Vieillard, barbon.
Pierre Corneille, âgé de 52 ans, est amoureux d’une jeune comédienne de la troupe de Molière, Marquise Thérèse de Gorla, dite Mlle du Parc, et compose pour elle ces vers. Mais c’est Jean Racine (qui a 33 ans de moins que Corneille) qui deviendra son amant. Il écrira d’ailleurs pour elle Andromaque (► Chapitre 6), tragédie dont elle interprétera le rôle titre.
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A M. V. H.
Il
faut, dans ce bas monde, aimer beaucoup de choses,
Pour savoir,
après tout, ce qu’on aime le mieux,
Les bonbons, l’Océan, le
jeu, l’azur des cieux,
Les femmes, les chevaux, les lauriers et
les roses.
Il
faut fouler aux pieds des fleurs à peine écloses ;
Il faut
beaucoup pleurer, dire beaucoup d’adieux.
Puis le cœur
s’aperçoit qu’il est devenu vieux,
Et l’effet qui s’en va
nous découvre les causes.
De
ces biens passagers que l’on goûte à demi,
Le meilleur qui
nous reste est un ancien ami.
On se brouille, on se fuit. Qu’un
hasard nous rassemble,
On
s’approche, on sourit, la main touche la main,
Et nous nous
souvenons que nous marchions ensemble,
Que l’âme est
immortelle, et qu’hier c’est demain.
Alfred de Musset
Peut - être que je serai vieille ,répond Marquise ,cependant
RépondreSupprimerJ'ai vingt - six ,mon vieux Corneille .Et je t'emmerde en attendant .
Tristan Bernard .Georges Brassens .