jeudi 8 janvier 2026

L'instant "poésie"...

Vaisseaux

Vaisseaux, nous vous aurons aimés en pure perte ;

Le dernier de vous tous est parti sur la mer.

Le couchant emporta tant de voiles ouvertes

Que ce port et mon coeur sont à jamais déserts.


La mer vous a rendus à votre destinée,

Au-delà du rivage où s’arrêtent nos pas.

Nous ne pouvions garder vos âmes enchaînées ;

Il vous faut des lointains que je ne connais pas.


Je suis de ceux dont les désirs sont sur la terre.

Le souffle qui vous grise emplit mon coeur d’effroi,

Mais votre appel, au fond des soirs, me désespère,

Car j’ai de grands départs inassouvis en moi.

***

Quel caprice insensé de tes désirs nomades,

Mon coeur, ô toi mon coeur qui devrais être las,

Te fait encore ouvrir la voile au vent des rades

Où ton plus fol amour naguère appareilla ?


Tu sais bien qu’au loin des mers aventureuses

Il n’est point de pays qui vaille ton essor,

Et que l’horizon morne où la vague se creuse

N’a d’autres pèlerins que les oiseaux du Nord.


Tu ne trouverais plus à la fin de ta course

L’île vierge à laquelle aspirent tes ennuis.

Des pirates en ont empoisonné les sources,

Incendié les bois et dévoré les fruits.


Voyageur, voyageur, abandonne aux orages

Ceux qui n’ont pas connu l’amertume des eaux.

Sache borner ton rêve à suivre du rivage

L’éphémère sillon que tracent les vaisseaux.

Jean de La Ville de Mirmont

Illustration : Vladimir Kush

2 commentaires:

  1. François Mauriac aimait beaucoup .
    Jean d'Ormesson .C'était bien .folio page 141 - 142 mars 2025 9;50 €

    RépondreSupprimer