Et
voici qu'arrive Ghjulia Maria sa sœur de lait, selon les
instructions de Vittoria, elles doivent préparer les chambres du
deuxième étage, balayer, cirer les meubles, faire les lits, et même
préparer et allumer le feu dans les cheminées. C'est beaucoup de
travail, elles s'y mettent de bon cœur et voient avec plaisir les
chambres devenir belles et accueillantes pour des hôtes choyés. Qui
seront-ils ? Il est temps de rentrer, Filice l'attend sagement à la
cuisine ou Dorotea prépare du poisson à l'agliolu, la bonne odeur
de l'ail frit et du vinaigre lui donne faim ; les châtaignes de midi
ne sont plus qu'un souvenir… Un bref au-revoir, Dorotea crie
"Maria, prends ton pain !"
Filice, d'accoutumée si
disert, resta silencieux tout le long du chemin de retour. Malgré
l'aide et la bienveillance de Pirone, la journée avait été rude
pour ses dix ans : après avoir balayé l'écurie, passé et repassé a strigila, distribué le fourrage, il avait brossé et
tressé les crinières des deux chevaux et de la jument de signora
Vittoria qui venait de pouliner. Il aima, dès qu'il le vit, le
poulain, gracieux sur ses longues jambes, qui sautait partout.
Pirone
avait préparé son onguent, mélange d'huile de laurier, miel
sauvage de châtaignier, cire et baies à l'odeur prenante dont il
avait oublié le nom. Ce baume faisait merveille sur les
meurtrissures et les petites blessures des chevaux et des ânes. Le
temps s'était légèrement radouci. Il va peut-être neiger se dit
Maria. Elle crut distinguer la silhouette d'un homme dans la
pénombre, apparemment bien mis, élégant… "Bonsoir Maria",
fallait-il répondre poliment ? Son bons sens l'emporta "Voilà
que j'ai des visions, la fatigue ne me vaut rien."

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