Fiora
et Matteu se jettent dans les bras de Maria, puis s'intéressent de
près au contenu du pochon de toile bise déposé sur la table ; un
peu dépités de n'y trouver aucune friandise, ils n'en laissent
toutefois rien paraître. Zenobia n'est pas restée inactive
pendant l'absence de la maîtresse de maison, le sol est net, la
sechja remplie d'eau fraîche, la lampe à huile allumée et dans le
fucone, débarrassé de ses cendres, un trépied attend le petit
chaudron ou vont cuire les brilluli.
Pendant que l'eau chauffe,
Maria compte les sous de la bourse qui contient son salaire et celui
de Filice, selon l'usage, pour leurs demi-journées, deux fois quatre
sous, il y en a quinze. Maria s'en réjouit, sort les bols et les
cuillers de l'armoire murale et dresse le couvert. Et voici que
Zenobia lui dit "lasciami
fà",
elle jette deux pincées de gros sel dans l'eau bouillante puis, peu à peu, la farine tamisée. Pendant de longues
minutes, elle remue vivement le mélange, qui va épaissir mais pas
trop, à l'aide d'une petite fourche de bois. La cuisson terminée,
elle verse avec dextérité les brilluli
dans les bols et rentre le lait, qu'elle a pris soin de faire
bouillir et mis au frais sur le fenestron. Une belle peau crémeuse
s'est formée, Maria en raffole, heureusement les enfants l'ont en
horreur, mais pas Zenobia qui semble partager son goût ? Maria en
sert la meilleure part à son amie qui apprécie.
Le contraste
des brilluli
brûlants et du lait très froid est délicieux, ils se restaurent en
silence, presque avec gravité. Il fait bon, l'énorme bûche tiendra
jusqu'à l'aube.
Il manque un dessert se dit Maria, elle pense un instant à entamer le pain qu'elle a cuit, aussi beau et bon qu'un gâteau, mais se ravise ; il sera l'essentiel du déjeuner demain. Avec les quelques œufs, précieusement gardés, et peut-être que ses trois poules auront pondu et un fromage frais que Maddelena lui cédera à bon prix, elle fera une grosse omelette parfumée de menthe séchée et puis… ses yeux se ferment, un bienheureux sommeil la prend d'un coup. Près d'elle, sur la casciapanca, Zenobia et les enfants dormaient déjà, bien avant.
Il manque un dessert se dit Maria, elle pense un instant à entamer le pain qu'elle a cuit, aussi beau et bon qu'un gâteau, mais se ravise ; il sera l'essentiel du déjeuner demain. Avec les quelques œufs, précieusement gardés, et peut-être que ses trois poules auront pondu et un fromage frais que Maddelena lui cédera à bon prix, elle fera une grosse omelette parfumée de menthe séchée et puis… ses yeux se ferment, un bienheureux sommeil la prend d'un coup. Près d'elle, sur la casciapanca, Zenobia et les enfants dormaient déjà, bien avant.
À minuit, la
joyeuse sonnerie du clocher de San Vitu la réveille, elle secoue
doucement Zenobia, l'heure est sacrée ; elle doit lui apprendre,
comme promis, les paroles magiques de "a razione" et
l'interprétation des diverses formes des gouttes d'huile, prélevées
de son auriculaire, dans la petite lampe "a
lumera",
éteinte pour le moment, et jetées à trois reprises, en forme de
croix, dans l'assiette avec un fond d'eau disposé la veille. Sur
la table de nuit, une veilleuse éclaire à peine ce rituel, Maria le
grave dans sa mémoire, à jamais.
Les enfants n'ont pas bougé
d'un cil… elles se rendorment.


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