jeudi 19 décembre 2019

FOLA di NATALE... (suite)

Fiora et Matteu se jettent dans les bras de Maria, puis s'intéressent de près au contenu du pochon de toile bise déposé sur la table ; un peu dépités de n'y trouver aucune friandise, ils n'en laissent toutefois rien paraître. Zenobia n'est pas restée inactive pendant l'absence de la maîtresse de maison, le sol est net, la sechja remplie d'eau fraîche, la lampe à huile allumée et dans le fucone, débarrassé de ses cendres, un trépied attend le petit chaudron ou vont cuire les brilluli.
Pendant que l'eau chauffe, Maria compte les sous de la bourse qui contient son salaire et celui de Filice, selon l'usage, pour leurs demi-journées, deux fois quatre sous, il y en a quinze. Maria s'en réjouit, sort les bols et les cuillers de l'armoire murale et dresse le couvert. Et voici que Zenobia lui dit "lasciami fà", elle jette deux pincées de gros sel dans l'eau bouillante puis, peu à peu, la farine tamisée. Pendant de longues minutes, elle remue vivement le mélange, qui va épaissir mais pas trop, à l'aide d'une petite fourche de bois. La cuisson terminée, elle verse avec dextérité les brilluli dans les bols et rentre le lait, qu'elle a pris soin de faire bouillir et mis au frais sur le fenestron. Une belle peau crémeuse s'est formée, Maria en raffole, heureusement les enfants l'ont en horreur, mais pas Zenobia qui semble partager son goût ? Maria en sert la meilleure part à son amie qui apprécie.
Le contraste des brilluli brûlants et du lait très froid est délicieux, ils se restaurent en silence, presque avec gravité. Il fait bon, l'énorme bûche tiendra jusqu'à l'aube.
Il manque un dessert se dit Maria, elle pense un instant à entamer le pain qu'elle a cuit, aussi beau et bon qu'un gâteau, mais se ravise ; il sera l'essentiel du déjeuner demain. Avec les quelques œufs, précieusement gardés, et peut-être que ses trois poules auront pondu et un fromage frais que Maddelena lui cédera à bon prix, elle fera une grosse omelette parfumée de menthe séchée et puis… ses yeux se ferment, un bienheureux sommeil la prend d'un coup. Près d'elle, sur la casciapanca, Zenobia et les enfants dormaient déjà, bien avant.

À minuit, la joyeuse sonnerie du clocher de San Vitu la réveille, elle secoue doucement Zenobia, l'heure est sacrée ; elle doit lui apprendre, comme promis, les paroles magiques de "a razione" et l'interprétation des diverses formes des gouttes d'huile, prélevées de son auriculaire, dans la petite lampe "a lumera", éteinte pour le moment, et jetées à trois reprises, en forme de croix, dans l'assiette avec un fond d'eau disposé la veille. Sur la table de nuit, une veilleuse éclaire à peine ce rituel, Maria le grave dans sa mémoire, à jamais.

Les enfants n'ont pas bougé d'un cil… elles se rendorment. 

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