vendredi 20 décembre 2019

FOLA di NATALE... (suite)

Nuit de Noël
Leur sommeil est si profond dans la petite chambre, qu'aucun d'eux n'entend et ne voit rien des merveilles de la nuit. Un bruissement, léger comme un vol de colombe, l'image grandit, recouvre la cloison, dans une douce lumière dorée, la  troupe céleste, Archange, anges, angelots en sort et gagne la cuisine. Tout est en ordre, Maria a rincé les couverts et récuré le "paghjulellu", les visiteurs apprécient. L'énorme bûche n'a pas failli, une braise abondante permet la mise en place de plusieurs trépieds et d'un four de campagne. L'Archange distribue les tâches et donne des instructions précises, jamais chef étoilé n'aura plus belle brigade ! Il se charge des lasagnes et, sans tarder, retourne le couvercle de la madia, tamise la farine et pétrit, il a la main pour étendre finement la pâte. Le poisson frais de Saint Florent est déjà frit, en plus de l'ail et du vinaigre, on y ajoute du laurier, de la nepita et des baies de myrte ; il a été mis au menu tout spécialement pour Maria. Dans la pignatta de terre, les viandes du stufatu rissolent en attente du vin de Patrimoniu et des aromates, un angelot pleure et rit à la fois en épluchant des oignons.
Pas de Noël en Corse sans figatellu, grillé au spetu, servi sur le pain cuit par Maria, bien humecté de son jus, c'est un délice . L'Archange qui se souvient de son jeune âge se dit qu'il fallait faire la part belle aux desserts, les trois enfants en sont si souvent privés... Pour commencer, du brocciu arrosé de miel, la laiterie du Paradis est fermée, le temps presse, il décide d'en emprunter un à Maddelena avec, bien sûr, la ferme intention de lui en rendre deux. Meilleur brocciu que le sien, même au Paradis, il n'y a pas. Maddelena qui avait fait trois brocci fut fort marrie au matin de n'en voir que deux et se perdit en conjectures sur cette mystérieuse disparition. Les angelots, apprentis pâtissiers très doués, cherchent la meilleure recette de canistrelli dans un grand livre, à la lettre C, un rien étourdis, ils font des cantuccini aux amandes, ce qui les fait rire aux éclats. Un flacon de vino Santo arrive aussitôt, car la tradition veut qu'on les trempe d'abord dans ce délicieux nectar avant de les grignoter. Il ne manque plus que quelques oranges et des mandarines. L'ange Barista insiste pour faire du café (le tout premier à Rutali) et aussi du chocolat au lait pour les enfants. Plus de lait ? L'Archange, il connaissait le chemin, alla d'un coup d'aile en "emprunter" à Maddelena.




Tout était prêt, le couvert dressé, il était temps pour l'Archange, les anges et les angelots, d'aller fêter la naissance du Sauveur au Paradis. Ils disparaissent dans l'image qui rapetisse et reprend sa dimension habituelle.
Les cinq dormeurs s'éveillent, les narines chatouillées par les délicieuses odeurs, vite à la cuisine, ils n'en croient pas leurs yeux, est-ce un rêve ? Zenobia se croit au Paradis, mais après tout, se dit-elle, cette bonne nourriture, ce serait péché de la laisser perdre, autant y goûter !

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