mercredi 10 mars 2021

Une "histoire" des lecteurs (suite)

Les faire-part et les cartons d'invitation, imprimés et gravés par Benneton  (qui d'autre?), étaient d'une sobre élégance : vélin ivoire et pas plus d'or qu'il n'en fallait. Sitôt réceptionnés, consigne donnée de ne pas la déranger, la Marquise s'enferma dans son salon-bureau ; elle soupira longuement devant la montagne de papiers qui l'attendait, regrettant presque le temps, pas si lointain, où les parents des futurs mariés se rendaient au domicile des membres de la famille, des parents et des amis, pour annoncer le prochain mariage. La tournée des invitations consistait aussi parfois à envoyer "les enfants d'honneur" annoncer la bonne nouvelle en offrant des dragées.

À la fin du XVIIIe siècle, en l'absence des personnes, on commença à déposer ce qu'on appelait à l'époque "le billet de part". Celui-ci deviendra le faire-part de mariage, réservé cependant dans un premier temps à la noblesse et aux plus fortunés.
Trêve de soupirs, elle prit le premier faire-part dans la pile la plus haute, celle des parents, des alliés, des amis, des amis d'amis... y mit quelques mots de sa plus belle plume, s'assura de l'adresse avant de le glisser dans l'enveloppe assortie, avec le carton d'invitation RSVP, et de continuer ainsi jusqu'à épuisement (le sien aussi), ce qui l'occupa la journée entière et la matinée du lendemain.
La seconde liste, simples relations, dont certaines perdues de vue depuis longtemps, mais qu'elle tenait à informer, ses meilleurs fournisseurs, Monsieur Ternisien... fut assez vite expédiée ; nul besoin, sauf rares exceptions, de personnaliser l'envoi, pas de carton d'invitation, mais l'adresse toujours écrite de sa main, en belle anglaise penchée.
Les réponses ne se firent pas attendre longtemps, quatre personnes s'excusèrent par lettre de ne pouvoir assister à la cérémonie : la grand-tante d'Augustine, religieuse très âgée, ne pouvait quitter son couvent ; une devait accoucher à la date prévue du mariage, un couple d'amis devait impérativement prendre les eaux dans une station thermale. Tous les autres, avec leurs félicitations, remerciaient la Marquise de son aimable invitation, seraient heureux de s'unir à sa joie et de présenter de vive voix leurs vœux de bonheur. On en était déjà à plus de 120 convives, sans compter la famille de Clément-César, leurs invités, le Colonel du régiment, les amis officiers et, comme toujours, quelques oubliés de la dernière heure. Même avec son grand talent et son expérience, Michelet ne pouvait faire face, ni la perdre. Ils eurent un long entretien, se parlèrent à cœur ouvert comme à l'accoutumée, et malgré qu'il en eût, une fois de plus, ce fut lui qui l'étonna en proposant de faire appel à Potel et Chabot.

"Paris n'a qu'un seul dîner", celui de Potel et Chabot pouvait-on lire dans la presse en cette fin du XIXe. L'histoire de cette maison avait commencé en 1820 à Paris, le jour où Jean-François Potel, maître pâtissier, rue Vivienne à Paris, et Étienne Chabot, cuisinier réputé de la Cour de France (Louis XVIII) firent pot commun et érigèrent les fondations d'une maison de traiteur haut de gamme, la société Potel et Chabot. Très vite, ils servent les maisons royales et les institutions, organisent par exemple la plupart des inaugurations de chemins de fer. En 1855, la maison orchestre les fêtes de Cherbourg en l'honneur de la reine Victoria puis le dîner des maires auxTuileries, la course du siècle en 1900...

La Marquise remercia chaleureusement Michelet et lui demanda de l'aider à faire le meilleur choix chez le traiteur. Elle lui annonça qu'elle donnerait un dîner, la veille du mariage, à Paris, en l'honneur de la famille de Clément-César. Et que pensait-il d'un pique-nique, le soir, pour les invités du mariage qui s'attardent ?

(à suivre ?)

3 commentaires:

  1. Heureux de retrouver ces lecteurs qui ecrivent super bien

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  2. A mon avis pas plus de 2 ,3 max un -e pour imaginer les autres pour bien situer l'epoque ?

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  3. Charmant ,jeune,trainant tous les coeurs apres soi ...

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