Les faire-part et les cartons d'invitation, imprimés et gravés par Benneton (qui d'autre?), étaient d'une sobre élégance : vélin ivoire et pas plus d'or qu'il n'en fallait. Sitôt réceptionnés, consigne donnée de ne pas la déranger, la Marquise s'enferma dans son salon-bureau ; elle soupira longuement devant la montagne de papiers qui l'attendait, regrettant presque le temps, pas si lointain, où les parents des futurs mariés se rendaient au domicile des membres de la famille, des parents et des amis, pour annoncer le prochain mariage. La tournée des invitations consistait aussi parfois à envoyer "les enfants d'honneur" annoncer la bonne nouvelle en offrant des dragées.
À la fin du
XVIIIe siècle, en l'absence des personnes, on commença à déposer
ce qu'on appelait à l'époque "le billet de part".
Celui-ci deviendra le faire-part de mariage, réservé cependant dans
un premier temps à la noblesse et aux plus fortunés.
Trêve de
soupirs, elle prit le premier faire-part dans la pile la plus haute,
celle des parents, des alliés, des amis, des amis d'amis... y mit
quelques mots de sa plus belle plume, s'assura de l'adresse avant de
le glisser dans l'enveloppe assortie, avec le carton d'invitation
RSVP, et de continuer ainsi jusqu'à épuisement (le sien aussi), ce
qui l'occupa la journée entière et la matinée du lendemain.
La
seconde liste, simples relations, dont certaines perdues de vue
depuis longtemps, mais qu'elle tenait à informer, ses meilleurs
fournisseurs, Monsieur Ternisien... fut assez vite expédiée ; nul
besoin, sauf rares exceptions, de personnaliser l'envoi, pas de
carton d'invitation, mais l'adresse toujours écrite de sa main, en
belle anglaise penchée.
Les réponses ne se firent pas attendre
longtemps, quatre personnes s'excusèrent par lettre de ne pouvoir
assister à la cérémonie : la grand-tante d'Augustine, religieuse
très âgée, ne pouvait quitter son couvent ; une devait
accoucher à la date prévue du mariage, un couple d'amis devait
impérativement prendre les eaux dans une station thermale. Tous les
autres, avec leurs félicitations, remerciaient la Marquise de son
aimable invitation, seraient heureux de s'unir à sa joie et de
présenter de vive voix leurs vœux de bonheur. On en était déjà à
plus de 120 convives, sans compter la famille de Clément-César,
leurs invités, le Colonel du régiment, les amis officiers et, comme
toujours, quelques oubliés de la dernière heure. Même avec son
grand talent et son expérience, Michelet ne pouvait faire face, ni
la perdre. Ils eurent un long entretien, se parlèrent à cœur
ouvert comme à l'accoutumée, et malgré qu'il en eût, une fois de
plus, ce fut lui qui l'étonna en proposant de faire appel à Potel
et Chabot.
La Marquise remercia chaleureusement Michelet et lui demanda de l'aider à faire le meilleur choix chez le traiteur. Elle lui annonça qu'elle donnerait un dîner, la veille du mariage, à Paris, en l'honneur de la famille de Clément-César. Et que pensait-il d'un pique-nique, le soir, pour les invités du mariage qui s'attardent ?
(à suivre ?)
Heureux de retrouver ces lecteurs qui ecrivent super bien
RépondreSupprimerA mon avis pas plus de 2 ,3 max un -e pour imaginer les autres pour bien situer l'epoque ?
RépondreSupprimerCharmant ,jeune,trainant tous les coeurs apres soi ...
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