Mesure
J'ai
le désir, ce soir, d'un bonheur inconnu
Qui ne peut être en
toi ô mon pauvre village !
Tu n'es à mes yeux las qu'un
vieux livre d'images
Trop longtemps feuilleté et trop
longtemps relu.
J'ai le dégoût, ce soir, de ta vie lente
et morne,
De ta plaine endormie, de ton horizon clos,
De
tes noires maisons accroupies au repos
Etroitement serrées,
en d'immuables bornes.
Je te voudrais ouvert comme un port
au matin
Tout frissonnant d'espoirs, de bateaux en
partance.
Tout chanterait alors l'heureuse délivrance
Du
joug quotidien dans l'azur du lointain.
Je te voudrais
brillant comme une ville heureuse,
De guirlandes de fleurs
parant ses folles nuits,
Enivré de chansons, de rires et de
bruits
Et nourri chaque jour de vie neuve et joyeuse.
Mais
tu es là, terne et fermé, toujours pareil,
Ancré dans tes
sillons, tes prudentes routines,
A peine curieux des
grand-villes voisines,
Avide seulement de pluie et de
soleil.
Tu es fait pour le pain, pour le vin, pour la
laine,
Pour des bonheurs précis , limités et certains,
Ton
horizon étroit replie les désirs vains
Et limite les joies
au cercle de la plaine.
Tu bornes ton destin au rythme
essentiel
A la faim, à la soif, aux humbles servitudes
Qui
t'imposent la loi des vieilles habitudes
Et mesurent ta vie à
la courbe du ciel.
Et c'est pourquoi, toujours, ô mon
pauvre village,
Ton austère beauté me ramène vers toi :
De
nouveau tendrement, j'aime ta dure loi
Et les feuillets usés
de ton livre
d'images.
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Louisa
Paulin (1988-1944) poétesse occitane ,poésie bilingue.
Ce poème
est extrait de : "Je voudrais bâtir une ville heureuse"
qui contient des poèmes en occitan.
jeudi 28 octobre 2021
La "poésie" du jeudi...
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Comme c'est vrai, et bien dit, merci .
RépondreSupprimerMagnifique!
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