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| Claude MONET "Environs de Honfleur. Neige."_1867 Huile sur toile. (81,5 cm X 99,6 cm) Musée du Louvre, Paris. |
Nuit de neige
La
grande plaine est blanche, immobile et sans voix.
Pas un bruit,
pas un son ; toute vie est éteinte.
Mais on entend parfois,
comme une morne plainte,
Quelque chien sans abri qui hurle au coin
d’un bois.
Plus
de chansons dans l’air, sous nos pieds plus de chaumes.
L’hiver
s’est abattu sur toute floraison ;
Des arbres dépouillés
dressent à l’horizon
Leurs squelettes blanchis ainsi que des
fantômes.
La
lune est large et pâle et semble se hâter.
On dirait qu’elle a
froid dans le grand ciel austère.
De son morne regard elle
parcourt la terre,
Et, voyant tout désert, s’empresse à nous
quitter.
Et
froids tombent sur nous les rayons qu’elle darde,
Fantastiques
lueurs qu’elle s’en va semant ;
Et la neige s’éclaire
au loin, sinistrement,
Aux étranges reflets de la clarté
blafarde.
Oh !
la terrible nuit pour les petits oiseaux !
Un vent glacé
frissonne et court par les allées ;
Eux, n’ayant plus
l’asile ombragé des berceaux,
Ne peuvent pas dormir sur leurs
pattes gelées.
Dans
les grands arbres nus que couvre le verglas
Ils sont là, tout
tremblants, sans rien qui les protège ;
De leur oeil inquiet
ils regardent la neige,
Attendant jusqu’au jour la nuit qui ne
vient pas.
Guy de Maupassant, Des vers
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Roman
On
n'est pas sérieux, quand on a dix-sept ans.
- Un beau soir, foin
des bocks et de la limonade,
Des cafés tapageurs aux lustres
éclatants !
- On va sous les tilleuls verts de la promenade.
Les
tilleuls sentent bon dans les bons soirs de juin !
L'air est
parfois si doux, qu'on ferme la paupière ;
Le vent chargé de
bruits - la ville n'est pas loin -
A des parfums de vigne et des
parfums de bière...
- Voilà qu'on aperçoit un tout petit
chiffon
D'azur sombre, encadré d'une petite branche,
Piqué
d'une mauvaise étoile, qui se fond
Avec de doux frissons, petite
et toute blanche...
Nuit de juin ! Dix-sept ans ! - On se
laisse griser.
La sève est du champagne et vous monte à la
tête...
On divague ; on se sent aux lèvres un baiser
Qui
palpite là, comme une petite bête...
Le coeur fou robinsonne
à travers les romans,
- Lorsque, dans la clarté d'un pâle
réverbère,
Passe une demoiselle aux petits airs charmants,
Sous
l'ombre du faux col effrayant de son père...
Et, comme elle
vous trouve immensément naïf,
Tout en faisant trotter ses
petites bottines,
Elle se tourne, alerte et d'un mouvement
vif...
- Sur vos lèvres alors meurent les cavatines...
Vous
êtes amoureux. Loué jusqu'au mois d'août.
Vous êtes amoureux.
- Vos sonnets La font rire.
Tous vos amis s'en vont, vous êtes
mauvais goût.
- Puis l'adorée, un soir, a daigné vous écrire
!...
- Ce soir-là..., - vous rentrez aux cafés
éclatants,
Vous demandez des bocks ou de la limonade...
- On
n'est pas sérieux, quand on a dix-sept ans
Et qu'on a des
tilleuls verts sur la promenade.
Arthur RIMBAUD

Quelqu’un l’a déjà écrit ici mais en ces temps de pandémie répétons le..mieux vaut des maux passant qu’un mal persistant..merci DD
RépondreSupprimerCe poème me rappelle les années d'école avec M.Dominici, notre maître bien-aimé.
RépondreSupprimerOn apprenait les deux dernières strophes de Nuit de neige .J'avais le coeur gros et les yeux embués à lavrécita
RépondreSupprimerNous apprenions les deux dernières strophes ,beaucoup avaient le coeur gros et les yeux embués à la récitation .
D'autres mettaient des pièges dans la neige ( caldarelle ? ) j'en en fait sauter quelques uns .
Aucune condamnation toutefois ,c'était un autre temps .