Il y a 4 000 ans, entre la Mésopotamie et l’Anatolie, les femmes étaient aux affaires. Les archéologues ont mis à jour des milliers de tablettes d’argile cunéiformes qui prouvent leur présence centrale dans le commerce international, loin de l’image de la femme au foyer.
La plus ancienne correspondance privée de l’humanité raconte les mariages et les divorces, le commerce et la fraude fiscale, ainsi que les métiers d’éleveuse ou de tisseuse. Ces voix de femmes, imprimées dans l’argile depuis 4000 ans, livrent des récits troublants d’actualité. Elles s'appelaient Suhkana, Kunnaniya, Lamasha ou Hattitum et étaient épouses, veuves, éleveuses de bœufs, comptables ou dévotes. Les archéologues ont retrouvé des milliers de correspondances écrites sur des tablettes d’argile que ces femmes ont envoyées ou reçues. Entre Assour (actuelle al-Charqat, dans le nord de l’Irak) et Kanesh (actuelle Kültepe, en Turquie) vivaient des familles de commerçants, dont les membres partaient parfois plusieurs mois à plusieurs centaines de kilomètres de leur famille, afin de faire du commerce. L’écriture était le seul moyen de rester en contact avec les siens. Ces populations maîtrisaient l’écriture cunéiforme et traçaient des caractères à la pointe du roseau, sur des tablettes d’argile fraîche qui été placées dans des enveloppes d’argile, fermées, puis scellées à l’aide d’un petit sceau cylindrique, témoin de l’identité de l’expéditeur·ice. Cécile Michel, assyriologue, directrice de recherche au CNRS, professeure à l'université de Hambourg, et membre de la mission archéologique de Kültepe, a réuni la plus ancienne correspondance privée de l’humanité. Et, en classant une partie, nous permet de partager le quotidien d’une trentaine de femmes de l’époque :
Ces femmes sont des actrices qui produisent, qui touchent des revenus, qui investissent dans le commerce elles mêmes et qui ont aussi un rôle important au foyer, bien entendu, puisqu'elles continuent à gérer la maison, etc. Et en plus, elles, elles sont gardiennes de la moralité des individus de la famille. Donc leurs lettres sont très intéressantes parce que non seulement elles parlent d'affaires commerciales comme les hommes, mais en plus elles sermonnent les hommes sur leur façon d'être, sur le fait qu'ils pensent trop à gagner de l'argent, oublient leurs devoirs envers les dieux, sur le fait qu'ils ne mènent pas une vie respectable car ils ne pensent qu'à manger et à boire au lieu d'être actifs, etc. Donc, c'est extrêmement vivant.”
Quand les femmes écrivaient l'histoire. Entre la Mésopotamie et l'Anatolie il y a 4 000 ans de Cécile Michel est paru aux éditions du Seuil.

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire